Jeudi 19 août : Titoula - Afra
L'étape d'aujourd'hui se compose de marche sur pistes et des raccourcis empruntant des sentiers escarpés, raides et souvent mal tracés, car très malmenés par les orages. Nous passons souvent par des paysages très secs et quasiment lunaires, où quelques bergeries sont présentes.
La pause déjeuner est marquée par un repas dans un restaurant en bord de route que nous relions après 5 kilomètres de route goudronnée passés dans la benne du camion qui doit nous ravitailler. Nous y mangeons un excellent tajine avant de reprendre la route jusqu'à Afra.
Vendredi 20 août 2004 : Afra - Wouarzazt
Nous descendons la vallée de l'Assif Zat, par un sentier tantôt en balcon, tantôt le long du ruisseau. Cette vallée présente des paysages complètement différents de ceux secs et minéraux des journées précédentes. Très encaissée, elle est formée de roches de granit rose et d'ardoises aux pentes vertigineuses. L'Assif Zat y dessine des méandres et les quelques endroits élargis sont propices à des cultures verdoyantes en terrasse. De nombreux arbres tapissent également le fond de la vallée ainsi que les flancs des montagnes.
Nous nous arrêtons déjeuner au village d'Azgour, composé de maisons ocres, que nous pouvons apercevoir de plus haut dans un beau panorama vert et rose.
L'après-midi est moins reposant puisque nous devons suivre une piste parfois si poussiéreuse que nous avons l'impression de marcher dans du sable (rose, ce qui est très original...) pour monter au village de Wouarzazt, porte d'entrée du plateau de Yaggourt que nous foulerons demain.
Samedi 21 août 2004 : Wouarzazt - Bouyaguerane
Nous montons dès le matin sur le plateau de Yaggourt, où d'innombrables bergeries sont regroupées en petits villages. Les berbères des alentours y viennent pendant les mois d'été pour cultiver les champs et faire paître le bétail. Nous y rencontrons donc une multitude d'animaux qui semblent s'y plaire énormément et y passer des moments très paisibles. Ces hauts plateaux sont aussi le lieu où l'on peut voir, sur les dalles de roche, quelques gravures rupestres. Tout cela au milieu de paysages magnifiques de toutes les couleurs.
Nous installons notre bivouac aux Azib Amddouz à l'heure du déjeuner car l'étape d'aujourd'hui est courte (seulement 4 heures de marche). Mais c'est sans compter sur un vent soufflant par rafales qui bouscule tous nos plans. En effet celui-ci cause de nombreux dégâts à la tente mess. Se prenant dans la toile, la faisant gonfler comme une mongolfière et tourbillonnant à l'intérieur, il fait céder une couture et tord un poteau... Après une réparation de fortune, effectuée sous un avis de tempête avec l'aide de tous, c'est une deuxième couture qui lache ! Et les nerfs de Momo en même temps... C'en est de trop, nous décidons de lever le camp et de continuer la route.
Nous empruntons donc le chemin prévu demain, par un sentier d'abord en balcon, puis en crète, qui nous fait passer au dessus du village d'Aït Igourane (littéralement les gens des champs) qui porte effectivement bien son nom. Situé sur un flanc de montagne, il est composé de cinq groupes de maisons ocres qui surplombent une quantité impressionnante de parcelles de culture verdoyantes, dont la forme suit la courbure de la falaise, tantôt droite, tantôt courbe.
Ce spectacle est fabuleux mais nous plongeons de l'autre côté de la crète jusqu'au village de Bouraguerane où nous trouvons refuge chez un habitant. A cause du vent violent, nous ne pouvons décidemment pas planter les tentes...
Dimanche 22 août 2004 : Bouyaguerane - Agadir Aït Boulmane
Réveil en fanfare ! La basse-cour est en forme ce matin. Le coq du village passe de maisons en maisons pour finalement faire sonner son clairon juste devant notre porte, à grands coups de cocoricos berbères. Nous aurions bien dormi un peu plus, tant la nuit a été agitée. Le village nous paraissait pourtant si calme et reposant la veille au soir, car la plupart de ses habitants sont montés sur le plateau de Yaggourt pour l'été. Mais il s'est pris tout à coup de la célèbre Saturday Night Fever qui l'a transformé, le temps d'une nuit, en discothèque du Haut Atlas... Les occupants, pour fêter la fin des moissons et des alpages, ont sorti les percussions et ont sorti leurs cordes vocales toute la nuit (enfon au moins jusqu'à 4h30). Un contraste époustouflant avec la tranquillité diurne ! Notre fatigue te notre manque de courage nous a dissuadé d'aller les rejoindre, mais, du fond de notre duvet, nous avons participé à cette fête locale, certainement riche en couleurs, parfois dans nos rêves, parfois dans nos moments d'insomnie...
Il n'y a pas grand chose à raconter sur l'étape du jour, très courte et peu passionnante, à part la baignade régénérante dans l'Ourika, rivière célèbre dans tout le Maroc, où de nombreuses personnes y viennent passer leurs vacances. Une journée de repos qui tombe à point, quelques jours avant l'ascension du Toubkal, point d'orgue de notre traversée.
Lundi 23 août 2004 : Agadir Aït Boulmane - Azib Boukchoud
Nous longeons l'Ourika, en passant au fond des gorges. De nombreux passages à gué marquent la première moitié de la journée. Attention aux pierres glissantes ! C'est l'occasion de tester l'étanchéité et le pouvoir Gore Tex de nos croquenots déjà bien usés par ces trois semaines de randonnée. L'eau est omniprésente, entre rivière, canaux d'irrigation, petites sources qui jalonnent l'itinéraire et les paysages verdoyants sont magnifiques entre ces falaises à pic. Les pieds resteront humides (voire trempés) toute la matinée et les singes, normalement présents dans cette vallée, resteront cachés et indifférents à notre venue.
Après le déjeuner, nous passons un col pour atteindre le village du bout du monde (effectivement très isolé). Mais la célèbre boisson rouge se moque de cette distance et y parvient plus facilement encore qu'une simple bouteille d'eau minérale...
Ensuite nous marchons en courbe de niveau le long de la rivière jusqu'au bivouac. Quel bonheur de voir les tentes déjà dressées à notre arrivée. La fatigue de fin de voyage commence à se faire cruellement sentir. Un Isostar ("la boisson des stars") et ça repart !
Mardi 24 août 2004 : Azib Boukchoud - Azib Tifnit
Nous partons de notre bivouac perdu dans les montagnes pour s'engager sur le Tizi Oumchichka. Cette seule grosse montée de la journée est gravie à la fraîcheur du matin. Mais déjà nous sentons que le temps n'est plus au beau fixe et nous commençons à nous poser des questions sur l'évolution de la météo. Aurons-nous à essuyer les orages typiques du mois d'août au Maroc ? Pour l'instant nous y avons totalement échappé. Notre chance va-t-elle encore nous sourire ?
Nous continuons notre route vers la vallée de l'Assif Tifnit et ses bergeries isolées, qui ne servent que deux à trois mois l'été, cette vallée étant totalement inaccessible le reste de l'année. Nous suivons la rivière jusqu'à la pause déjeuner, pendant laquelle quelques gouttes tombent... Le ciel s'assombrit et nous décidons de quitter les lieux au plus vite pour rejoindre notre bivouac définitif avant l'orage. Une bonne heure de marche et nous y sommes. Nous nous hâtons de monter les tentes et les premières gouttes tombent encore une fois lorsque le dernier piquet est enfoncé.
Mercredi 25 août 2004 : Azib Tifnit - Source de Tasseldaï
La nuit a été pluvieuse mais les tentes sont déjà sèches ce matin. Une petite étape au programme aujourd'hui car les choses sérieuses continuent demain avec l'ascension du Toubkal. Nous choisissons de suivre la rivière, malgré un temps incertain, mais heureusement le ciel nous épargne. C'est donc l'heure de monter le Tizni'n'Tifnit, après les dernières bergeries de la vallée et de redescendre tranquillement vers le bivouac.
Nous montons encore une fois les tentes rapidement par crainte de l'orage. Et nous pouvons alors déjeuner. Le menu est fortement orienté vers les féculents (tout comme le sera le dîner...) en prévision des efforts de demain. Ensuite c'est la sieste qui nous attend. Dure discipline à laquelle nous avons gagner les grades d'experts, après ce mois passé au Maroc... Canz bat tout le monde avec trois heures non stop. Mine de rien, c'est fatigant les vacances !
Jeudi 26 août 2004 : Source de Tasseldaï - Azib Imi'n'Tamelilt
2820 m : Nous partons entre chien et loup, à la lampe frontale. Nous entamons par une descente. Quel paradoxe lorsque l'on doit grimper sur le toit de l'Afrique du Nord...
2920 m : première pause. Nous sommes encore tout frais. Maintenant qu'il fait bien jour, nous pouvons voir que le ciel est voilé. Le vent est encore faible et la température augmente doucement.
3300 m : deuxième pause. Une orange et des cacahuètes sont fortement appréciées. La pente s'accentue et le terrain est de moins en moins stable. Pourvu que le temps se maintienne...
3670 m : troisième pause. Encore une orange et ça repart. Nous entamons la zone des pierriers. La pente est très raide maintenant et nous devons nous assurer à chaque pas que le sol ne se dérobe pas sous nos pieds. La progression est lente, mais efficace. Toujours un pied devant l'autre...
3940 m : quatrième pause. Nous avons atteint la crête Nord. Nous ne sommes plus très loin du sommet. Encore quelques efforts pour remonter la crête. Nous pouvons voir l'endroit où nous avons bivouaqué la veille au soir, ainsi que la pente que nous venons de gravir. C'est quand même impressionnant vu d'ici !!!
4167 m : Nous sommes arrivés au sommet ! Après 6 heures de grimpette, nous avons vaincu le Toubkal, non sans mal. Nous sommes très fiers d'y être parvenus et c'est avec appétit que nous avalons un Mac Berbère à cette altitude.
La fin de l'étape n'est que descente pour rejoindre le bivouac en passant par la voie normale. 2580 m est l'altitude finale. Quel bonheur d'être arrivés !!
Vendredi 27 août 2004 : Azib Imi'n'Tamelilt - Imlil - Marrakech
Pour cette dernière journée de trekking, pendant laquelle nous sommes tranquillement descendus jusqu'à Imlil, en passant par le célèbre Sidi Chamarouch, c'est l'heure de faire un petit bilan chiffré de cette "expédition" à laquelle tous, nous en sommes certains, ont pris un plaisir énorme à participer. Voici donc pêle-mêle quelques chiffres qui, additionnés, n'arrivent même pas à traduire notre bonheur et notre fierté d'avoir conclu cette aventure.
- 1 : c'est la première fois qu'un voyagiste ose mettre en place un tel itinéraire. C'est aussi la première édition que nous avons inauguré à travers le Haut Atlas Marocain. Merci à Tirawa de nous avoir proposé un programme si ambitieux.
- 250 kilomètres à vol d'oiseau séparent Imilchil et Imlil, extrémités de ce trekking.
- 500 kilomètres environ de marche pour relier ces deux villes.
- 30 jours de voyage dont 26 de marche.
- 22000 mètres de dénivelées positives avalées qui ont usé nos muscles, nos chaussures, notre sueur, mais pas notre courage, ni notre moral.
- 5 personnes (un guide et quatre muletiers) nous ont encadrés au cours de cepériple.
- 4 muscles ont porté nos fardeaux, sans se plaindre, mais en réclamant, à juste titre, leur pitance quotidienne.
- 3 courageux randonneurs ont bu une quantité impressionnante d'eau (Bruno, Vickie et Canz).
- 4167 mètres, l'altitude maximale atteinte, en haut du Toubkal, plus haut sommet d'Afrique de Nord.
- 2 sommets de plus de 4000 mètres vaincus (avec le M'Goun et ses 4068 mètres).
- 11 de marche interminables dans la même journée pour rejoindre Batli depuis Oughazzi.
- 107 gaz d'échappement dans la même journée (la décence impose de taire le nom de l'auteur...) provoqués par la nourriture marocaine, délicieuse et avalée goulûment après tant d'efforts.
- 3 heures de sieste non stop, à la suite d'une longue série d'étapes usantes physiquement.
- 3 autres groupes de touristes seulement rencontrés en un mois, ce qui montre l'originalité du trajet suivi.
- 21 degrés pris en l'espace d'une heure et demi entre Imlil et Marrakech lors de notre transfert final, pour aller taquiner les 42°C à notre arrivée à l'hôtel...
- une infinie quantité de bonheur, de satisfaction, de fierté, de paysages magnifiques, de berbères accueillants, de thé à la menthe, ...
- quelques coups durs qui font aussi partie de l'aventure.
