Jeudi 5 août 2004 : Aït Boulmane - Aït Tous
C'est d'un petit promontoire sur le plateau Imedrhas que j'écris ces quelques mots. La vue est magnifique au soleil couchant et les mules ont des idées d'évasion ce soir : elles vont brouter les touffes d'herbe un peu trop loin du campement, pensent les muletiers. Elles sont rapidement rappelées à l'ordre et malgré leur obéissance, il est quand même nécessaire de les attacher.
La journée débute par une longue ascension de 900 mètres de dénivelée, un peu rude pour les tendons endoloris par la longue journée d'avant-hier. Mais tout rentre finalement dans l'ordre et la pause déjeuner à l'ombre d'un genévrier thurifère plus que millénaire nous fait le plus bien grand bien car la forte chaleur a bien entamé nos ressources... La reprise est quand même difficile après trois heures de pause et une bonne heure de sieste mais le vent qui se lève atténue l'effet du soleil.
La fin de l'étape est malgré tout fortement appréciée (surtout par Vickie, épuisée) et nous sentons rapidement que la nuit va être fraîche à 2400 mètres d'altitude...
Vendredi 6 août 2004 : Aït Tous - Tighanimine
Encore une bonne étape au programme d'aujourd'hui car nous avons bivouaqué un peu plus tôt que prévu hier, tellement la situation était belle. De plus nous devons faire face à un impressionnante montée qui n'était pas indiquée dans la fiche technique. Celle-ci nous a élevé à plus de 3000 mètres d'altitude, après être passés devant de magnifiques maisons troglodytes qui servent aux nomades à la période de la transhumance.
Nous bivouaquons alors à l'entrée du village de Tighanimine, devant un panorama des plus somptueux. Sa beauté nous donne l'inspiration pour quelques cartes postales, mais la longue liste d'adresses que nous avons dressée avant de partir nous fait un peu peur...
Samedi 7 août 2004 : Tighanimine - Zawyat Ahançal
Nous avons pris la liberté de modifier légèrement le trajet pour nous rendre à Zawyat Ahançal, joli village situé un peu plus bas dans la vallée, à seulement trois heures de marche. Nous allons y dormir dans un gîte d'étape, y prendre une douche chaude bien méritée et surtout toute l'équipe pourra s'y reposer. Les muletiers en ont grand besoin car, il ne faut pas l'oublier, c'est grâce à eux, ainsi qu'à notre guide, que nous passons ces moments fabuleux.
C'est donc le moment de faire les présentations après une semaine de vadrouille dans le Haut-Atlas Marocain.
Commençons par Momo, notre guide. Cet homme, amoureux de son pays (on ne peut pas vraiment dire le contraire !) a toujours une réponse à nos questions les plus farfelues. Que ce soit une explication sur les coutumes berbères, que ce soit un exposé botanique sur les plantes, arbres et autres cultures le long des villages rencontrés, que ce soit un documentaire animalier sur la vie du bétail et des espèces montagnardes ou que ce soit tout simplement une histoire montée de toutes pièces pour nous faire marcher, sa langue bien pendue ne se lasse pas du matin au soir de nous raconter toutes sortes de choses, à notre plus grand plaisir ! De plus son professionnalisme et son organisation en rendraient jaloux plus d'un.
Continuons par notre équipe de muletiers. Il y a d'abord Lahcen, l'aîné de la bande. Sa discrétion en fait un travailleur de l'ombre. De par son expérience, il est le coordinateur de l'équipe. Nous communiquons avec lui surtout grâce aux mains, et aussi grâce à Momo, car notre Berbère est aussi limité que son Français. Vient ensuite Hamid, le petit homme à la moustache. Presque aussi discret que Lahcen, il est tout aussi efficace, serviable et dévoué.
Quant à Brahim, c'est le chanteur de la tribu. Qu'il fasse chaud ou froid, que le sentier monte ou descende, qu'il soit tôt le matin ou tard le soir, il est toujours prêt à pousser la chansonnette, surtout au coin du feu de camp et surtout accompagné par Mohamed, le quatrième larron de la troupe. Ce dernier est le chef cuisinier, celui qui, aidé de tous les autres, nous prépare de bons petits plats typiques du pays. C'est "à cause de" lui que nous risquons de revenir de ce mois de trek éprouvant sans avoir perdu un seul gramme. Son Français, appris uniquement au contact des groupes de touristes, est impressionnant mais c'est loin d'être la seule langue qu'il parle... N'oublions pas les quatre mules qui portent gentiment et sans râler nos gros paquetages.
Enfin nous pouvons parler de Bruno, le grand gaillard qui nous accompagne pour cette très grande traversée de l'Atlas. Bien que réservé il nous livre avec plaisir ses expériences de trekkeur et nous échangeons les anecdotes de nos voyages. Son humour ne tarde pas à faire surface, tout comme son goût de la sieste, qui le met en phase avec le rythme marocain.
Grâce à ces rapides présentations, vous pouvez aisément comprendre que nous ne pouvons que passer de bons moments...
Dimanche 8 août 2004 : Zawyat Ahançal - Tizi Taghboula
Les 1500 mètres de dénivelée positive nous ont fait mal aux jambes aujourd'hui, malgré les fabuleux paysages que nous avons pu admirer le long de cette étape : gorges et canyon de l'Aqqua Tazaght qui nous montre ses parois rose orangé verticales et vertigineuses, haut plateau de l'Atlas habités uniquement par les nomades venus du Sud du Maroc pour la transhumance.
Nous sommes heureux d'arriver au bivouac après 9 heures de marche. Et la surprise est grande de voir que les muletiers sont déjà là... alors qu'ils n'ont pas pu prendre le même sentier que nous (étant impraticable pour les mules) et que leur trajet aurait dû durer 12 heures ! Encore bravo à ces valeureux gaillards qui, après cette course contre la montre, vont encore devoir dresser le camp et nous préparer à manger.